Ni renoncer à la science, ni renoncer au sujet.
Un enfant qui souffre n’est réductible ni à une case d’une classification, ni à un score sur une échelle, ni à un circuit cérébral en développement. Il est un sujet en devenir, pris dans une famille, une histoire, une culture et une époque.
Une demande qui s’emballe, une offre qui recule
« Ce que ces chiffres décrivent n’est pas une tension conjoncturelle : c’est un système qui a cessé d’absorber la demande qui lui est adressée. »Synthèse, S.2
« Les enfants en situation de mal-être ne sont plus tenus pour prioritaires tant qu’une pathologie n’a pas été diagnostiquée. »Synthèse, S.3 — d’après le HCFEA
Les chiffres d’un système saturé



Du « soin psychique » à la « psychiatrie du lien »
« L’expression désigne une pratique, non une école. Elle nomme le travail clinique qui prend appui sur la parole, la relation, l’histoire singulière de l’enfant, son environnement et la confiance construite avec sa famille, et dont la durée est l’instrument autant que le cadre. »
Le livre blanc s’appuie sur la catégorie des « interventions complexes » établie par le Medical Research Council britannique, et sur l’evidence-based practice dans sa plénitude : la preuve, l’expertise clinique et les valeurs de l’enfant et de sa famille.
Trois parties, une même exigence
ÉTAT DES LIEUX DE LA SANTÉ MENTALE DES ENFANTS ET DE LA PÉDOPSYCHIATRIE
Vingt et un chapitres qui documentent la demande, l’offre, le diagnostic, les familles, les métiers, « Mon soutien psy », l’isolement et la contention, l’inclusion et le handicap.
21 chapitres →CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUE
Dix-huit chapitres sur l’Evidence-Based Medicine face à l’enfant, les interventions complexes, la psychiatrie de précision, le numérique, les conflits d’intérêts.
18 chapitres →PROPOSITIONS POUR UNE PÉDOPSYCHIATRIE PLURIELLE, HUMAINE ET ACCESSIBLE
Dix-sept chapitres de propositions concrètes, un calendrier réaliste et douze demandes adressées aux pouvoirs publics et à la Haute Autorité de Santé.
17 chapitres →ÉTAT DES LIEUX DE LA SANTÉ MENTALE DES ENFANTS ET DE LA PÉDOPSYCHIATRIE
«La souffrance, pour être entendue, doit désormais se présenter sous la forme d’un trouble étiquetable.»
Synthèse, S.3
- 1.1Une demande en croissance continue face à une offre exsangue
- 1.2Un panorama des pathologies et des situations cliniques de l’enfance et de l’adolescence
- 1.3Le diagnostic en pédopsychiatrie : un outil nécessaire, à manier avec discernement
- 1.4Les médicaments en pédopsychiatrie : une position nuancée, jamais isolée
- 1.5Les familles : des partenaires du soin, non des objets de suspicion
- 1.6Une offre de soins publics fragilisée, à rebâtir autour de la proximité et de la continuité
- 1.7La dimension culturelle et anthropologique de la souffrance psychique de l’enfant
- 1.8Prévention et repérage précoce : investir en amont plutôt que réparer en aval
- 1.9Une crise des métiers et de la formation
- 1.10Ce que montrent les grandes enquêtes internationales
- 1.11L’expérience anglaise des centres diagnostiques de troisième ligne : une mise en garde empirique
- 1.12La pédopsychiatrie de liaison et la place de l’hôpital général
- 1.13Le rôle des associations de patients et de familles
- 1.14La dysphorie de genre chez l’enfant et l’adolescent : une catégorie instable, un débat à ne pas trancher par la polémique
- 1.15L’extension de la notion de handicap et le risque d’un déni du soin psychique
- 1.16L’éco-anxiété et l’angoisse de l’avenir : un facteur émergent de souffrance psychique chez l’enfant et l’adolescent
- 1.17Le dispositif « Mon soutien psy » : une extension continue, une conception rétrécie du soin psychique de l’enfant
- 1.18L’isolement et la contention des enfants et des adolescents : une pratique massive, largement illégale, et ce que le travail d’équipe fait reculer
- 1.19L’inclusion des enfants en situation de handicap : une avancée démocratique majeure, une exigence de réalisme clinique
- 1.20L’absence de conception d’ensemble de l’architecture des dispositifs de soin et d’accompagnement
- 1.21La créativité des équipes de terrain : une ressource historique aujourd’hui déconsidérée et empêchée
CONTRE LE RÉDUCTIONNISME ET LE SCIENTISME, POUR UN PLURALISME ÉPISTÉMOLOGIQUE
«La présomption scientifique et l’accord professionnel ne sont pas, en pédopsychiatrie, des lots de consolation situés en dessous d’une preuve que l’on n’aurait pas su produire.»
Chapitre 2.3
- 2.1Une influence disproportionnée : lobbying, communication et populisme scientifique au service d’une psychiatrie qui n’a pas toujours la science pour elle
- 2.2Ce que ce livre blanc reconnaît : la valeur de la démarche scientifique
- 2.3La hiérarchie de l’Evidence-Based Medicine et ses limites structurelles face à l’objet psychique de l’enfant
- 2.4L’enfant comme cible mouvante : la spécificité développementale contre la standardisation
- 2.5La critique anthropologique : la réduction de l’enfant au symptôme et les effets de boucle
- 2.6Les limites méthodologiques de l’essai contrôlé randomisé appliqué à la psycho- thérapie de l’enfant et de l’adolescent
- 2.7Retrouver l’evidence-based practice dans sa plénitude : preuve, expertise clinique et valeurs de l’enfant et de sa famille
- 2.8Les méthodes alternatives d’évaluation : cas unique, recherche qualitative, études observationnelles en conditions réelles et recherche de terrain
- 2.9La reconnaissance décisive du Medical Research Council : la clinique du sujet comme intervention complexe légitime
- 2.10La psychiatrie dite de précision appliquée à l’enfant : des promesses réelles, des résultats encore modestes
- 2.11Le « tout cérébral » : un pari philosophique hérité de la Decade of the Brain, non une preuve scientifique
- 2.12Trois registres de conflits d’intérêts : financiers, intellectuels et émotionnels
- 2.13La médecine narrative : une voie de dépassement de l’opposition entre preuve et clinique
- 2.14Ce que la recherche sur l’alliance thérapeutique enseigne à la pédopsychiatrie
- 2.15Pour une articulation plutôt qu’une opposition entre les deux psychiatries de l’enfant et de l’adolescent
- 2.16Le tournant numérique et l’intelligence artificielle en santé mentale : promesses, marché et vigilance clinique
- 2.17Le transhumanisme appliqué à l’enfant : la tentation dangereuse de l’« enfant augmenté »
- 2.18Un cas d’école du deux poids, deux mesures : les dispositifs d’autorégulation
PROPOSITIONS POUR UNE PÉDOPSYCHIATRIE PLURIELLE, HUMAINE ET ACCESSIBLE
«La réponse juste à un délai de 18 mois en centre médico-psychologique n’est pas d’ouvrir à côté un circuit payant partiellement remboursé, c’est de financer le centre médico-psychologique.»
Chapitre 3.13
- 3.1Soutenir une recherche clinique de terrain dotée de critères de validité adaptés à son objet
- 3.2Refuser les arguments d’économie en trompe-l’œil
- 3.3Restaurer la liberté thérapeutique du clinicien et le libre choix des usagers
- 3.4Garantir une offre de soins de proximité, d’accès, d’accueil et de lien durable
- 3.5Faire de la pédopsychiatrie une priorité nationale, articulée à la psychiatrie générale
- 3.6Apporter une réponse plurielle et adaptée à chaque grand champ de pathologie
- 3.7Prévenir le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement
- 3.8Intégrer pleinement la dimension culturelle et anthropologique dans la formation et la pratique
- 3.9Un usage raisonné du numérique, des algorithmes et de l’intelligence artificielle en santé mentale de l’enfant
- 3.10Une comparaison internationale instructive
- 3.11Une gouvernance territoriale partagée du soin psychique de l’enfant : sortir du fonctionnement en silos
- 3.12Formation, recherche et attractivité de la discipline : investir dans le temps long
- 3.13Refonder « Mon soutien psy » : un instrument de solidarité, non un instrument de normalisation
- 3.14Mettre fin à l’isolement et à la contention des mineurs, et financer ce qui les fait reculer
- 3.15Soutenir une inclusion réelle : doter la politique inclusive et y associer les praticiens du soin psychique
- 3.16Un calendrier réaliste de mise en œuvre
- 3.17Synthèse des demandes formulées aux pouvoirs publics et à la Haute Autorité de Santé
demandes adressées aux pouvoirs publics et à la Haute Autorité de Santé
Ce que ce livre blanc demande
Ces douze demandes closent la troisième partie. Elles constituent le cœur opérationnel du texte : ce que les pouvoirs publics et la Haute Autorité de Santé sont invités à reconnaître explicitement dans l’élaboration de leurs recommandations et de leurs politiques de santé mentale de l’enfant.
Sur la preuve et l’évaluation5 demandes
01Reconnaître que le niveau de preuve A n’est pas le critère adéquat pour la majorité des interventions en pédopsychiatrie
reconnaître que le niveau de preuve A n’est pas, pour la grande majorité des interventions en pédopsychiatrie, un critère d’évaluation adéquat — non parce que la discipline serait trop faible pour l’atteindre, mais parce que cet instrument, calibré pour un autre type d’objet, ne mesure pas ce qui fait l’efficacité d’une intervention psychique —, et que la présomption scientifique et l’accord professionnel y constituent, à ce titre, le régime de preuve propre de la discipline et non un régime dégradé ;02Donner une place réelle et financée aux méthodes alternatives d’évaluation
accorder aux méthodes alternatives d’évaluation — cas unique formalisé, méthodes cliniques comparées, recherche fondée sur la pratique, recherche qualitative, études observationnelles de long terme en conditions réelles — une place méthodologique réelle et financée dans l’élaboration des recommandations, plutôt que de les reléguer systématiquement en deçà des interventions validées par essai randomisé ;03Reconnaître les psychothérapies psychodynamiques et institutionnelles comme des interventions complexes légitimes
reconnaître explicitement, à la suite du cadre méthodologique du Medical Research Council britannique, que les psychothérapies psychodynamiques, la psychothérapie institutionnelle, les interventions psychanalytiques, le psychodrame analytique ainsi que les approches intégratives et développementales telles que la méthode des 3i constituent des interventions complexes légitimement évaluées par des méthodes ajustées à leur nature ;04Garantir la liberté thérapeutique du clinicien et le libre choix informé des familles
garantir la liberté thérapeutique du clinicien et le droit des enfants et de leurs familles à être informés loyalement de la pluralité des approches validées et à demeurer libres d’y recourir ;05Refuser toute restriction de l’offre fondée sur des études d’efficience non soumises à examen contradictoire
refuser toute restriction de l’offre de soins psychodynamiques ou institutionnels fondée sur des études d’efficience dont l’horizon temporel et les hypothèses méthodologiques n’ont pas été soumis à un examen contradictoire indépendant ;
Sur l’offre et les moyens4 demandes
06Soutenir en priorité l’offre publique de proximité : CMP, CMPP, hôpitaux de jour
soutenir en priorité l’offre de soins publique de proximité — centres médico-psychologiques, centres médico-psycho-pédagogiques, hôpitaux de jour — en agissant sur la démographie médicale, l’attractivité des carrières et la continuité du lien thérapeutique, et redéployer vers elle une part des moyens concentrés depuis dix ans sur les dispositifs d’évaluation et d’orientation, dont la multiplication a contribué à la vider de ses professionnels sans réduire aucun des délais qu’elle devait résorber ;07Faire de la pédopsychiatrie une priorité de santé publique dotée de moyens propres
faire de la pédopsychiatrie une priorité de santé publique dotée de moyens propres, sans l’isoler de la psychiatrie générale ni de la médecine de l’enfant et de l’adolescent, et structurer des dispositifs de transition entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte pour les adolescents et jeunes adultes ;08Financer une recherche équilibrée entre psychiatrie de précision et recherche clinique de terrain
financer une politique de recherche équilibrée entre psychiatrie dite de précision et recherche clinique de terrain, à la hauteur de ce que documentent, l’une comme l’autre, leurs résultats respectifs ;09Intégrer la dimension culturelle, sociale et anthropologique dans la formation et les dispositifs
intégrer la dimension culturelle, sociale et anthropologique de la souffrance psychique de l’enfant et de l’adolescent dans la formation des professionnels et dans la conception des dispositifs de soin ;
Sur la gouvernance3 demandes
10Rendre publique la composition des groupes d’experts et leurs liens d’intérêts
rendre publique la composition des groupes d’experts, commissions et comités de sélection intervenant en santé mentale de l’enfant, exiger la déclaration systématique des liens d’intérêts financiers et institutionnels de leurs membres, et rééquilibrer leur composition afin qu’elle reflète la diversité réelle des pratiques cliniques plutôt que le seul rapport de forces issu du lobbying et de la communication institutionnelle.11Doter la politique de santé mentale de l’enfant d’une conception d’ensemble de ses dispositifs
doter la politique publique de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent d’une conception d’ensemble de l’architecture de ses dispositifs : conditionner la création de tout dispositif nouveau à la démonstration préalable qu’aucune structure existante n’en porte déjà la mission, réexaminer dispositif par dispositif les moyens engagés dans la fonction d’évaluation et d’orientation, et lever le clivage administratif entre structures sanitaires et structures médico-sociales qui produit aujourd’hui, à lui seul, une part des ruptures de parcours ;12Reconnaître, protéger et financer la capacité d’initiative des équipes de terrain
reconnaître, protéger et financer la capacité d’initiative des équipes de terrain, dont l’histoire de la psychiatrie française établit qu’elle a produit l’essentiel des dispositifs de proximité aujourd’hui en service, en réservant dans les financements publics une part identifiée aux projets conçus par les équipes elles-mêmes plutôt qu’aux seuls appels à projets à cahier des charges préétabli.
Un calendrier réaliste
Le livre blanc ne demande pas que tout soit fait en même temps. Il distingue ce qui relève de l’urgence, du moyen terme et du temps long, afin que ses propositions constituent une feuille de route plutôt qu’un catalogue de vœux.
Quatre mesures sans dépense nouvelle
- Mentionner, dans les prochaines recommandations de la HAS, la pluralité méthodologique légitime et le statut d’intervention complexe
- Ouvrir un dialogue formel HAS – sociétés savantes – associations de familles sur les critères d’évaluation des psychothérapies de l’enfant
- Lancer l’audit indépendant et contradictoire des études d’efficience
- Flécher une enveloppe identifiée pour la recherche clinique de terrain
Reconstruire l’offre publique de proximité
- Plan pluriannuel de recrutement et de revalorisation des carrières en pédopsychiatrie hospitalière
- Généraliser les instances de coordination territoriale
- Structurer les dispositifs de transition vers la psychiatrie adulte
- Renforcer la pédopsychiatrie de liaison dans les hôpitaux généraux et pédiatriques
Former et documenter
- Transformer la formation initiale pour y consolider le pluralisme méthodologique et la clinique transculturelle
- Construire une base nationale de suivi longitudinal des enfants pris en charge en pédopsychiatrie publique
Le temps de l’enfant est une donnée clinique
Le temps du développement, de l’attachement, de la confiance qui se construit séance après séance, est une donnée aussi sérieuse que n’importe quel score standardisé — et c’est cette donnée-là que les politiques publiques comptent aujourd’hui le plus mal.
Documents complémentairesSynthèse
Dix pages pour l’essentiel, conçues pour les parlementaires, journalistes et responsables administratifs.
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Le cœur opérationnel du livre blanc, reproduit intégralement.
Consulter les demandesBibliographie
Plus de deux cents références qui documentent chacune des affirmations du texte.
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